Quand François Bayrou se ressource en Amérique du Sud

Publié le par Wildcat

Source : http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Quand-Bayrou-se-ressource-en-Amerique-du-Sud-139686/

 

Durant deux jours, Quito, la capitale équatorienne, a accueilli la 10e édition du Foro de Biarritz, espace de rencontre entre l’Europe et l’Amérique latine. Fidèle à ce rendez-vous annuel, François Bayrou regrette que la France accorde encore peu de place au continent sud-américain.

Pourquoi participez-vous chaque année au Foro de Biarritz?


Cette rencontre annuelle, une année à Biarritz, une année dans une capitale d’Amérique latine, est une occasion unique de rencontre entre les responsables européens et latino-américains. J’y participe tous les ans parce que je pense que c’est un sujet crucial, parce que ce qui se passe en Amérique latine, notamment avec l’apparition de nouvelles sensibilités qui remettent fortement en cause le modèle que jusqu’à maintenant portaient les Etats-Unis, est très important pour les deux Amériques mais aussi pour le monde. Je suis depuis très longtemps fasciné par ce qui est à portée de la main: à savoir, pour les peuples et les Etats d’Amérique latine, la possibilité de constituer une union qui sera, à mes yeux dans le monde, la deuxième expérience d’union après l’Union européenne.


Mais l’intégration latino-américaine est encore inachevée…


L’Amérique latine possède des atouts considérables pour la faire. Les Latino-américains ont des liens culturels et historiques très importants. Pour beaucoup d’entre eux, ils ont les mêmes problèmes, notamment en ce qui concerne les disparités sociales et les disparités d’origine. Par ailleurs, ils n’ont que deux langues sur le continent. C’est un formidable atout. Imaginez, nous Européens, avec nos 25 langues, les difficultés que cela représente. S’il y a un continent qui doit trouver son unité c’est l’Amérique latine.


L’Europe doit-elle impulser ce mouvement ?


Je n’ignore rien des difficultés mais j’ai l’impression que ce mouvement vers l’unité est irrésistible. Pour nous Européens, ce devrait être un sujet d’importance capitale parce que les liens entre l’Europe et l’Amérique latine sont évidemment très importants. Ici, lors de ce 10e Foro organisé par la ville de Biarritz, nous sommes d’une certaine manière en famille. Or, nous sommes absents, en tout cas les Français. Songez qu’à une réunion comme celle-là, il n’y a même pas un envoyé du gouvernement. Or, quand nous sommes absents, d’autres viennent prendre la place. Par exemple, il y a bien des pays latino-américains dans lesquels on voit se dessiner une action de la Chine très importante. Nous, nous sommes très éloignés de tout ça. C’est donc parce que j’ai cette idée de l’importance de l’Europe et de l’Amérique latine pour le monde et pour un nouvel équilibre mondial que je participe au Foro.


Pourquoi la France – et ses dirigeants – s’intéressent si peu à l’Amérique latine ?


Je n’arrive pas à comprendre. Je suis vraiment désorienté par une telle indifférence alors que par exemple, il y a beaucoup d’affaires à faire en Amérique latine pour nos entreprises. Or, elles sont souvent absentes. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi. J’ai l’impression que c’est une faute dans notre stratégie diplomatique que d’être à ce point absent ou éloigné des problèmes de l’Amérique latine.


La crise et la remise en cause d’un certain modèle représentent-elles une opportunité pour redéfinir la place de l’Amérique latine sur la scène internationale ?


Pour moi, c’est vital. Pendant longtemps, ce continent a vécu sous la pression du modèle dominant américain. Aujourd’hui, de nombreux pays se relèvent. D’abord, évidemment, ceux qui sont les plus contestataires du modèle américain. Mais en réalité, beaucoup de pays d’Amérique latine prennent leurs distances. Certains disent qu’il y a des leaders populistes. Moi je ne le ressens pas comme ça. Après tant d’années où la société explosait, il y a la recherche d’un nouveau modèle social. Celui-ci est accompagné d’une contestation assez importante de ceux qui tenaient le haut du pavé jusque-là.


Sur ce sujet, les conclusions du dernier G20 vont-elles, selon vous, dans le bon sens ?


Chaque petit pas, aussi petit qu’il soit, est un pas fait. La composition du G20 est un pas. Mais quant aux décisions prises, aucune n’est déterminante dans le sens de ce que nous attendons.


L’Amérique latine semble parfois plus prompte que l’Europe à vouloir redéfinir un nouvel ordre mondial…


Oui. Mais, l’Europe, ce sont des puissances économiques. En Amérique latine, pour un grand nombre de pays, ce n’est pas encore le cas. Mais je suis optimiste. L’Amérique latine prend en charge un certain nombre de ses problèmes. Des problèmes d’affrontements entre Etats qui hier auraient dégénéré, on arrive à les gérer aujourd’hui. Je sens une démarche dans le bon sens. Elle est très importante.


Que vous inspire le mouvement "à gauche" de l’Amérique latine ?


Il n’y a rien de plus normal que de voir se redresser ceux qui jusque alors étaient sous la domination politique de puissances impériales, pour ne pas dire impérialistes. Ce qui me frappe, c’est la force de ce mouvement. Il doit nous donner à réfléchir sur le nouveau modèle que le monde attend.


Marianne Enault, à Quito (Equateur) - leJDD.fr

Lundi 05 Octobre 2009

Publié dans Vie Politique

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