François Bayrou - Conférence de presse mercredi 9 juin 2010 au siège du Mouvement Démocrate

Publié le par Wildcat

"La France, c'est trois déficits : retraites, sécurité sociale, comptes publics. Les trois devront être traités", pour François Bayrou


 

Inquiet et soucieux de la situation de la France et en particulier des déficits publics, François Bayrou a confirmé, lors d'une conférence de presse tenue ce mercredi au siège du Mouvement Démocrate, avoir rencontré différents responsables de la majorité dans les semaines passées afin de les convaincre de mener une réforme des retraites plus juste :

"Comme votre curiosité et votre intérêt n'ont pas de limites et ont laissé libre cours ces derniers jours, et que vous avez à de nombreuses reprises manifesté votre intérêt pour des conversations que j'ai eues, j'ai voulu vous en donner la substance, avec précision.


La France va prendre dans les jours qui viennent une décision parmi les plus importantes pour son avenir et dont chacun peut mesurer l'extrême gravité. Qui est d'affronter, les yeux ouverts, la lutte contre les déficits sous la contrainte d'une dette qui devient insupportable. C'est un sujet central qui doit nous obliger à accepter de débattre, et qui aurait du réunir depuis longtemps les gouvernants et les politiques de notre pays. Car nous sommes à l'heure du rendez-vous des déficits des retraites, de la sécurité sociale et des comptes publics.


La France, c’est trois déficits : Retraites, Sécurité sociale et Comptes publics. Les trois devront êtres traités.

C’est la raison pour laquelle j’ai indiqué que, fidèle à mes convictions, si la réforme des retraites était raisonnable, j’étais prêt à la soutenir. Je n’oublie pas les fautes graves qui ont été faites dans la conduite de la France. Et je n’efface rien des avertissements que j’assène depuis des années.

Mais je répète aussi que cette réforme est nécessaire et indispensable. Je refuse en cela d’adopter la même position que d’autres courants de l’opposition qui tentent de faire penser aux Français qu’on peut éviter cette réforme.

On ne peut pas éviter cette réforme, on ne peut pas rusé avec cette réforme.

Nous avons consulté les adhérents et sympathisants de notre mouvement, ce qui a donné lieu à plusieurs centaines de contributions. L’idée générale qui s’impose, c’est qu’il n’y aura pas de réforme acceptée par les Français si ce n’est pas une réforme de justice.

Ce mot de justice a trois significations qui tracent trois lignes rouges :
-Rendre justice à ceux qui ont commencé à travailler très tôt. Ils doivent pouvoir partir à un âge raisonnable.
-La prise en compte de la pénibilité. C’est le bon sens et je partage en cela l’avis de tous les Français et des responsables syndicaux pour qui c’est une priorité.
-Le troisième qui est pour moi le plus important et dont personne ne parle : le filet de sécurité des 65 ans. On parle de l’âge légal à 60 ans, de l’allongement des annuités. J’ai indiqué que l’on pouvait accepter des évolutions et des glissements mais je n’accepterai pas que l’on touche aux 65 ans. Car ce filet de sécurité qui permet de prendre sa retraite sans décote, protège les femmes qui ont élevé des enfants, les jeunes qui ont fait de longues études et tous ceux qui ont eu des carrières « cassées » à cause du chômage ou de la maladie, ceux qui ont travaillé à l’étranger. Pour tous ceux-là, si vous augmentez le nombre d’annuités, vous les renvoyer à des retraites aux alentours de 70 ans. C’est inacceptable.

Le filet de sécurité des 65 ans, c’est la disposition la plus sociale. Il ne faut donc pas y toucher et j’ai été très heureux que François Chérèque rappelle ce principe.

J’ai dit ces trois fils rouges et surtout le filet des 65 ans à tous les responsables que j’ai rencontré : Eric Woerth, François Fillon, le président de la République et Raymond Soubie son conseiller aux affaires sociales. Je les ai tous vus et tous rencontrés pour essayer de les convaincre que la justice était de préserver les plus fragiles.

Voilà la raison de ces rencontres, et je les assume. J’espère qu’ils l’entendront.

Au-delà, il me semble que dans l’état actuel de notre système de retraites, toute réforme, même bien inspirée, ne sera qu’une réforme d’étape tant notre système est complexe avec sa multitude de régimes, de situations particulières à l’intérieur même du privé et du public.

Tout ça ne pourra pas durer, car y a un très grand besoin d’égalité devant les retraites. Nous avons besoin d’une nuit du 4 août et d’une abolition des privilèges.

J’ai suggéré au gouvernement d’ajouter un chapitre supplémentaire et d’ouvrir une réflexion, une réflexion collaborative qui ne serait pas précipitée, pour arriver à un régime unique et unifié par points équilibré par nature, garantie dans le temps, et préservant la répartition et géré par les partenaires sociaux. Un régime qui permette à chacun de partir quand il le souhaite. Dans mon esprit c’est horizon 2020, 2025 et je suis très heureux que la CFDT ait accepté une telle idée.

Au sujet de mes rencontres, tout le reste n’est que supputation."

Publié dans Actualités MoDem

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