Echec scolaire des enfants d’immigrés : Bayrou a raison contre Guéant

Publié le par Laïka

Le 3 Juin 2011

 

Source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/echec-scolaire-des-enfants-d-95269

 

Nous avons assisté depuis dimanche à une joute verbale entre Claude Guéant et François Bayrou, au sujet de l'échec scolaire des enfants d'immigrés. Au final, nous démontrons que François Bayrou avait parfaitement raison, que les chiffres annoncés par Claude Guéant sont faux, que ce dernier prête à l'Insee une conclusion inverse de celle de l'étude et qu'il commet une erreur grossière de raisonnement. Est-ce de sa part un paralogisme involontaire et dénotant une incompétence notoire en calcul élémentaire ? Ou une mauvaise foi sophiste ? Ou encore une manipulation intentionnelle de l'opinion pour à nouveau attiser le soupçon sur les immigrés ?

 

guant-bayrou.jpegDimanche dernier, Claude Guéant affirmait que "les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés", suscitant l'indignation du monde éducatif. Et mercredi, devant l'Assemblée nationale, il persistait avec d'autres chiffres, assurant que deux tiers des enfants d'immigrés sortent du système scolaire "sans diplôme". Voir cet article.

 

Le président du MoDem, François Bayrou, a tout de suite réagi dans un entretien au Parisien en qualifiant de "grossièrement faux" les chiffres avancés par Claude Guéant sur l'échec scolaire des enfants d'immigrés, reprochant au ministre de l'Intérieur d'"allumer une polémique nouvelle chaque jour" et ajoutant : "on sait bien qu'il y a davantage d'échec scolaire parmi les plus pauvres, ce n'est pas une raison pour mettre les plus pauvres en accusation !"

 

Lundi, Claude Guéant réplique à François Bayrou, en affirmant que ses chiffres sont exacts :

"Les chiffres que je cite sont rigou­reu­se­ment exacts, même s'ils ne sont pas plai­sants à entendre", débute-t-il dans cette lettre dont l'AFP a eu copie. Il cite "le rap­port de l'Insee sur les immi­grés en France (édition 2005)" selon lequel "les enfants de familles immi­grées sortent presque deux fois plus sou­vent du sys­tème éduca­tif sans qualification".

"Cela revient stric­te­ment à ce que j'ai dit, à savoir que parmi les enfants qui sor­taient sans qua­li­fi­ca­tion de l'appareil sco­laire, les deux tiers étaient des enfants de familles immi­grées", pour­suit Claude Guéant.

 

Or justement, cela ne revient pas du tout à ce que Claude Guéant a dit. Ce dernier commet une grossière erreur de raisonnement (à moins que ce soit un sophisme volontaire) facilement démontrable (niveau primaire). Démonstration :

- La prétendue conclusion de l’Insee signifie que proportionnellement, le nombre d’enfants d’immigrés sans qualification (EISQ) sur le nombre total d’enfants d’immigrés (EI) est deux fois plus élevé que le nombre d’enfants non immigrés sans qualification (ENISQ) sur le nombre total d’enfants non immigrés (ENI) :

EISQ/EI = 2 x ENISQ/ENI

- Claude Guéant en conclut que « parmi les enfants sans qualification (ESQ), les deux tiers étaient des enfants de familles immigrées », donc les enfants d’immigrés sans qualification (EISQ) sont deux fois plus nombreux que les enfants de non immigrés sans qualification (ENISQ) :

EISQ = 2x ENISQ

 

La conclusion de Claude Guéant ne vérifierait l’équation prétendue vraie de l’Insee que dans le cas ou EI = ENI (nombre d’enfants d’immigrés = nombre d’enfants de non immigrés), ce qui est complètement faux !

On peut même démontrer, connaissant la proportion d’immigrés sur la population totale (7,4% d’après l’étude Insee à laquelle Claude Guéant fait référence), que EISQ=0,16x ENISQ, soit moins de 10 fois moins !

Si on considère en effet que la proportion d’enfants d’immigrés sur la population d’enfants totale est la même, 7,4% (elle est sans doute plus élevée, mais si elle l’est deux fois plus, cela doublera notre facteur au total, soit 0,3 environ, encore nettement inférieur au chiffre annoncé par Claude Guéant) :

 

EI = 7,4% x (EI+ENI) donc ENI = EI (1-7,4%)/7,4% donc ENI= 12,5135 EI

 

Si nous remplaçons ENI dans l’équation supposée vraie de l’Insee :

 

EISQ/EI = 2 x ENISQ/ (12,5135xEI) donc EISQ = 2 x ENISQ/12,5135 = 0,16 ENISQ

 

Mais ce n’est pas tout ! Claude Guéant semble prêter abusivement à l’Insee une conclusion que je n’ai pas trouvée dans le rapport.

 

J’ai bien relu le rapport de l’Insee et n’ai pas trouvé ce prétendu ratio deux fois plus élevé chez les enfants d’immigrés sans qualification comparé aux enfants de non immigrés sans qualification. Le rapport fait état dans le tableau de ce document source p.12 d’un taux d’enfants sortis de formation initiale (sans qualification) de 12% parmi les enfants d’immigrés et de 9% parmi les enfants de non immigrés. Le rapport entre les deux n’est donc même pas de 1 à 2.


Il est mentionné dans le rapport de l’Insee que « Les enfants d’immigrés sont souvent en difficulté scolaire, mais pas plus que les autres enfants ayant les mêmes caractéristiques sociales. »

 

« Les plus grandes difficultés scolaires que rencontrent les enfants d’immigrés ne sont pas indépendantes de leur environnement familial et social. Ainsi, les trois quarts d’entre eux appartiennent à une famille dont la personne de référence est ouvrière, employée de services ou inactive contre un tiers pour les jeunes non issus de parents d’immigrés ».

 

L’Insee précise même que « À situation sociale et familiale comparable, les enfants d’immigrés ont des chances au moins égales à celles des autres élèves de préparer un baccalauréat général »

 

François Bayrou a donc parfaitement raison : « c’est l’origine sociale, le niveau de pauvreté, qui détermine une influence sur l’échec scolaire et non l’origine « immigration ». Il a également raison de dire que les chiffres annoncés par Claude Guéant sont faux.

Publié dans Actualités MoDem

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