Bayrou sur un petit nuage

Publié le par Wildcat

Bayrou sur un petit nuage

Rodolphe Geisler -22/05/2009 -Le Figaro 




François Bayrou revendique le statut «d’opposant le plus vigoureux» mais il accepte sa traversée du désert et prétend prendre son temps. Crédits photo : (Corentin Fohlen/Fedephoto)

Le leader du MoDem est plus impliqué par la prochaine présidentielle que par les européennes. Il savoure quelques sondages encourageants dans lesquels il voit la validation de sa stratégie : plus il s'oppose à Sarkozy, plus le PS baisse.

Il manque une chose dans la vie de François Bayrou : une montre. «Que nous ne rations pas plus souvent l'avion ou le train relève du miracle», soupire-t-on dans son staff. Il est comme ça, François Bayrou : un peu au-dessus du temps. Son côté Mitterrand. Un actif pas pressé. Trois réunions publiques par jour, mais toujours envie d'un deuxième café au restaurant. Toujours le temps de demander au patron : «Comment allez-vous?» A la serveuse : «D'où venez-vous?» Son officier de sécurité a appris la patience. Mais, à chaque fois, il frôle la limite. Dernier coup de sifflet du chef de gare, François Bayrou arrive juste à temps. «Je n'ai jamais raté un train», dit-il crânement. «Ça fait des années que je ne porte plus de montre, c'est vrai que je ne suis pas facile à cadrer, mais, si je prends des libertés avec le temps, c'est pour me sentir libre», confie-t-il. Il ne supporte pas non plus les réveils. «Je me réveille toujours tout seul», poursuit-il.


Il est comme ça, François Bayrou. Un peu rebelle. Le temps, la liberté, la solitude : c'est son destin. Il l'assume. Du moins l'explique-t-il comme cela. «J'ai toujours su que ce serait long. Pour être franc, je me sens plutôt catégorie diesel que Ferrari», assure celui qui a fait la campagne présidentielle de 2002 à bord d'un bus roulant au colza et avait choisi un tracteur comme emblème pour 2007. Pourtant, ce dimanche 17 mai, dans l'avion Montpellier-Paris, le président du MoDem savoure l'instant. Pour la première fois, selon un sondage OpinionWay-Le Figaro-LCI, 44 % des Français estiment possible qu'il devance le (la) candidat(e) du PS au premier tour de la présidentielle de 2012. «Aujourd'hui, c'est le moment le plus plein de ma vie. Ça a été difficile, mais je suis à la place où je voulais être», dit-il.


Depuis la sortie de son livre, Abus de pouvoir (Plon), le 30 avril, il a décroché la place de « meilleur opposant » à Nicolas Sarkozy. Et son livre, celle des quatre meilleures ventes, toutes catégories confondues. Dans la rue, les gens viennent le saluer. L'encourager, souvent. «Vous savez, en2007, on voulait voter pour vous, mais, au dernier moment, on a préféré voter utile; on le regrette», dit ce couple. Cette fois, François Bayrou pense être en situation. Celle de passer devant le Parti socialiste. «Votre livre donne du grain à moudre», lui déclare ce curé de campagne rencontré sur un quai de la gare de Metz. Le PS en a conscience et hésite sur la stratégie à adopter à son égard. François Bayrou s'en amuse. Comme il y a trois semaines à Londres. «Mais qu'est-ce qu'ils ont après moi? A croire qu'ils n'ont rien d'autre à faire...», s'interroge-t-il tout haut, faussement agacé, en consultant un texto sur son téléphone portable faisant référence à une déclaration de Jean-Christophe Cambadélis à son sujet.

Ce samedi-là, à la Fnac de Rosny 2, François Bayrou savoure aussi cet instant. La foule est là, à se bousculer pour se faire dédicacer son livre. Cette dame s'en fait parapher trois. «Pour des amies», précise-t-telle. Cette autre se fait prendre en photo avec son téléphone portable.


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Il y a un an encore, ce combat passait pour perdu», susurre-t-il. Là, il ne parle plus de son livre, mais de lui. Entré en politique à la faveur des élections législatives de 1978, il se décrit ainsi : «Au début, j'étais un homme politique prometteur, donc très con. Vous savez, toute cette période de vedettarisation rend bête. Puis est arrivée la présidentielle de2007, qui a créé un lien avec les gens. Je dirais que, ce qui a trempé ce lien avec eux, c'est que je refuse de me rallier et que j'accepte ma traversée de désert. Là, ils ont compris que mon combat était vrai.»

Mais traversée du désert ne signifie pas être seul, assure-t-il. «On me dit, vous êtes seul! Mais je pense l'être moins que Royal, Aubry ou Hollande.» Dans sa garde rapprochée, il compte la sénatrice Jacqueline Gourault, son ami l'ancien journaliste Philippe Lapousterle, l'économiste Jean-Claude Casanova ou encore l'ancien président du Crédit lyonnais Jean Peyrelevade et le directeur du Crédoc Robert Rochefort. Il cite encore le journaliste Jean-François Kahn. «C'est un meilleur niveau que Maurice Leroy», note-t-il. «Mais la seule qui ait réellement de l'influence sur lui, c'est Marielle de Sarnez», glisse l'un d'eux. Bayrou, lui, reconnaît qu'il est «très difficile d'entrer dans son intimité».


Les atermoiements du PS, entre l'extrême gauche et le centre, lui profitent sans doute. «Mon projet est cohérent», dit le chef centriste. Paradoxalement, la crise économique mondiale l'a aidé. «Pendant la présidentielle de2007, j'ai toujours opposé le modèle américain au modèle français. Mêmes mes proches avaient du mal à me comprendre. Ils pensaient alors que je n'aimais pas les Américains. C'est faux! C'est leur modèle que je n'aimais pas. Il a fallut attendre la crise pour que l'on m'écoute...», croit-il savoir. Aujourd'hui, auréolé de la palme de « premier opposant » au chef de l'Etat - lui revendique le titre d'« opposant le plus vigoureux » -, il se sert de la crise du capitalisme pour dénoncer «Sarkozy l'Américain».


Il l'assure : «L'argent n'a jamais été une valeur pour moi.» Le député des Pyrénées-Atlantiques préfère les livres. «Je lis au moins deux heures par jour», assure-t-il. Ce dimanche matin, dans l'avion de Pau, c'est François Furet et sa Révolution française (Gallimard), qui nourrira ses réflexions. Jusqu'à ce faisan. «Oh! Vous avez vu le faisan passer?», s'exclame-t-il, le nez collé au hublot. Son côté paysan. «Je possède cinq tracteurs et une dizaine de bérets basques. Mais j'ai arrêté d'en porter parce que les photos sont accablantes!» confie-t-il. Mais, quand il passe à proximité d'un cheval, comme ce jour dans l'Ouest, en marge d'un déplacement consacré à la Politique agricole commune, il ne peut s'empêcher de s'en approcher. Et lui dire : «Ça va, toi?»


Il est comme ça, François Bayrou, il tutoie les chevaux.


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