Le PS dans le piège de Bayrou

Publié le par Wildcat

Le PS dans le piège de Bayrou

Lorsque François Bayrou se présente en opposant «le plus vigoureux» à Nicolas Sarkozy, chacun est prié de comprendre que le PS est l'opposant le plus mollasson. De fait, on n'entend que le président du MoDem. Il fulmine, vitupère, trempe sa plume dans l'acide, quand les socialistes donnent l'impression de ronronner gentiment. Bref, une formule antisarkozyste prononcée par François Bayrou en vaut cent proférées par des dirigeants socialistes. C'est peut-être injuste, mais à qui la faute ?

 

Le MoDem contre le PS, c'est David contre Goliath. La formation de François Bayrou compte une poignée d'élus, alors que - et on a tendance à l'oublier - le parti de Martine Aubry reste le premier parti de France en nombre d'élus. La plupart des grandes villes sont socialistes, comme la majorité des départements et la quasi-totalité des Régions. Et voilà donc que, sans élus et sans états d'âme, le petit parti ronge méthodiquement le grand parti.

Les socialistes, et il était temps, commencent à comprendre que leur pire ennemi n'est pas Nicolas Sarkozy mais François Bayrou. Longtemps, ils ne l'ont pas pris au sérieux. Ses 18 % obtenus à la dernière présidentielle ont sonné comme un premier avertissement. Deux ans et quelques déconvenues plus tard, le PS constate que le Béarnais est toujours là, toujours narquois, observant d'un air faussement navré les lézardes qui se creusent sur la façade de la maison Solferino. Comme il a le sens de l'humour, François Bayrou décrit le MoDem comme un simple « stimulant » pour le PS, alors qu'il est persuadé que le Parti ne trouvera plus le souffle nécessaire au rebond. Il observe les socialistes, et que voit-il ? Une formation exténuée, en panne de leadership, prisonnière de vieux réflexes et mal à l'aise avec le monde moderne. Il n'y a plus rien à faire, pense-t-il, de ce vieux parti, mais beaucoup à faire avec ses électeurs.

 

Face à la menace Bayrou, les socialistes balancent entre trois positions. La première consiste à l'ignorer, ce qui ne règle rien. La deuxième consiste à dire que le président du MoDem est un homme de droite et qu'il ne saurait y avoir de contacts avec lui. Cette attitude a l'avantage de rasséréner les militants de l'aile gauche, mais c'est tout, et donc c'est peu. D'autres enfin, Rue de Solferino, jugent qu'il faut jeter des ponts vers le MoDem, proposer une alliance et, pourquoi pas, un contrat de gouvernement dans la perspective de 2012.

 

Mais Bayrou n'est pas tout à fait naïf. Il sait qu'on ne noue pas une alliance quand on est numériquement plus faible que son adversaire ; on la noue lorsqu'on a prouvé qu'on a pris l'avantage sur lui. Ce ne sera pas aux européennes, ni aux régionales, mais pourquoi pas au premier tour de la présidentielle de 2012 ? François Bayrou, qui désire plus que d'autres devenir président de la République, se voit déjà ravir au PS le droit d'affronter Nicolas Sarkozy au second tour. Scénario cauchemardesque pour les socialistes, mais comment l'éviter ? Les socialistes ont deux ans pour apporter la bonne réponse à cette angoissante question. François Bayrou est persuadé qu'ils ne la trouveront pas.


L'éditorial de Paul-Henri du Limbert.
15/05/2009
LeFigaro.fr

Publié dans Vie Politique

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